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Je suis en CDI et je veux créer mon entreprise : clauses, chômage et temps partiel à vérifier

Quentin Clément 8 min de lecture

Oui, vous pouvez créer votre entreprise en étant en CDI. Le cumul est légal, y compris en micro-entreprise ou en entreprise individuelle, à condition de respecter votre contrat de travail et de ne pas nuire à votre employeur. La vraie question n’est donc pas seulement « ai-je le droit ? », mais « jusqu’où puis-je aller sans risque, et quelle sortie prévoir si le projet prend de l’ampleur ? ».

Créer son entreprise en gardant son CDI : ce qui est autorisé

Un salarié en CDI peut immatriculer une activité indépendante, tester une offre, facturer ses premiers clients et développer progressivement un projet entrepreneurial. L’immatriculation se fait via le Guichet Unique, comme pour les autres créateurs d’entreprise. Votre employeur n’a pas, par principe, à vous autoriser à devenir entrepreneur.

Tout savoir sur le congé pour création ou reprise d’entreprise — Découvrez les conditions, les démarches et les droits liés à votre demande de congé pour lancer votre propre activité professionnelle.

En pratique, ce cumul permet souvent de valider un marché sans quitter tout de suite la sécurité du salaire. Il aide aussi à financer les premiers frais, à garder de la marge sur la trésorerie et à vérifier si l’activité trouve réellement sa clientèle.

Mais ce droit au cumul ne vous donne pas une liberté totale. Pendant toute la durée de votre CDI, vous restez lié à votre employeur par vos obligations de salarié : disponibilité pendant vos horaires de travail, confidentialité, loyauté et respect des clauses particulières de votre contrat.

Ce que vous pouvez faire sans alerter inutilement

Vous pouvez préparer un business plan, créer votre marque, ouvrir un compte professionnel, construire un site, chercher des fournisseurs ou réaliser vos premières démarches administratives. Vous pouvez aussi exercer votre activité en dehors de vos horaires de travail, tant que cela ne perturbe pas votre poste salarié.

La limite devient sensible si vous utilisez les moyens de l’entreprise : ordinateur professionnel, fichiers clients, logiciels, véhicule, adresse e-mail interne, informations commerciales ou temps de travail. Même si votre projet est différent de l’activité de votre employeur, ces usages peuvent être considérés comme fautifs.

Les trois vérifications juridiques avant de vous lancer

Avant de créer, relisez votre contrat de travail, la convention collective applicable et les éventuels avenants signés depuis votre embauche. Trois notions reviennent souvent : l’obligation de loyauté, la clause d’exclusivité et la clause de non-concurrence. Elles ne jouent pas toutes au même moment ni avec les mêmes effets.

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L’obligation de loyauté : l’interdit le plus immédiat

L’obligation de loyauté s’applique à tous les salariés, même si elle n’est pas écrite dans le contrat. Elle vous interdit notamment de concurrencer votre employeur pendant l’exécution du CDI, de détourner ses clients, de dénigrer son entreprise ou d’utiliser des informations internes pour développer votre propre activité.

Un exemple simple : si vous êtes commercial dans une agence de communication, créer en parallèle une structure qui propose les mêmes prestations aux mêmes prospects expose à un risque sérieux. À l’inverse, vendre des créations artisanales le week-end alors que vous travaillez dans un service comptable présente généralement moins de risque, sous réserve de votre contrat.

La clause d’exclusivité : une restriction à examiner de près

Une clause d’exclusivité peut vous interdire d’exercer une autre activité professionnelle pendant votre CDI. Elle doit toutefois être justifiée par la nature de vos fonctions et proportionnée à l’objectif recherché. Pour un salarié qui crée ou reprend une entreprise, cette clause peut être neutralisée temporairement pendant un an après la création, afin de laisser une fenêtre de lancement au projet.

Cette neutralisation ne supprime pas l’obligation de loyauté : vous ne pouvez pas profiter de cette période pour concurrencer votre employeur. Elle ne transforme pas non plus votre temps de travail salarié en temps disponible pour votre entreprise.

La clause de non-concurrence : surtout après le départ

La clause de non-concurrence s’applique en principe après la rupture du contrat de travail. Elle peut vous empêcher d’exercer une activité similaire pendant une durée, sur une zone géographique et dans un périmètre précis. Pour être valable, elle doit notamment prévoir une contrepartie financière.

Si votre projet entrepreneurial se situe dans le même secteur que votre emploi actuel, cette clause doit être analysée avant toute rupture du CDI. Le risque n’est pas seulement de créer trop tôt, mais de créer une entreprise dont l’activité serait bloquée au moment où vous pensiez vous y consacrer pleinement.

Une séparation nette aide à limiter les problèmes : d’un côté votre CDI, ses horaires, ses outils, ses fichiers et vos relations professionnelles, de l’autre votre entreprise, avec ses propres supports, son téléphone, ses comptes, ses créneaux et ses clients. Cette organisation n’est pas qu’une précaution administrative. Elle facilite la preuve de votre bonne foi et montre que le projet reste une activité autonome, pas une extension informelle de votre poste actuel.

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Rester, aménager ou quitter son CDI : les options à comparer

Le bon choix dépend de la maturité de votre projet. Si vous n’avez pas encore de clients, conserver le CDI est souvent prudent. Si vous avez déjà des commandes mais manquez de temps, un aménagement peut devenir pertinent. Si l’activité génère un revenu régulier, la question du départ peut se poser.

Option Avantage principal Point de vigilance
Garder le CDI à temps plein Sécurité du salaire pendant le test Manque de temps et fatigue
Passer à temps partiel Libérer du temps tout en gardant un revenu Accord ou procédure à anticiper
Demander un congé pour création d’entreprise Suspendre le CDI pour se consacrer au projet Pas de salaire pendant le congé
Rupture conventionnelle Sortie négociée avec accès possible à l’ARE L’employeur peut refuser
Démission simple Départ rapide si vous êtes décidé Pas d’ARE en principe

Le temps partiel pour réduire le risque

Le passage à temps partiel permet de conserver une partie de votre salaire tout en consacrant des journées ou demi-journées fixes à votre entreprise. C’est une solution utile si vous devez produire, prospecter ou livrer vos premiers clients sans travailler uniquement le soir et le week-end.

Cette option doit être demandée formellement et organisée avec votre employeur. Elle suppose aussi de vérifier que vos horaires restent compatibles avec les règles de durée du travail, notamment les plafonds de 10 heures par jour et 48 heures par semaine pour l’activité salariée.

Le congé pour création d’entreprise

Le congé pour création d’entreprise suspend votre contrat : vous ne travaillez plus pour votre employeur pendant la période concernée, mais le lien contractuel n’est pas rompu. Il peut durer un an et être renouvelé pour un an supplémentaire. La demande doit être anticipée, notamment avec un délai de deux mois, et l’employeur dispose généralement de 30 jours pour répondre.

Ce congé est adapté si votre projet demande une présence complète : ouvrir un commerce, développer une clientèle intensive, suivre une formation longue, créer un produit ou structurer une activité qui exige un engagement quotidien.

Chômage, ARE et ARCE : attention au mode de rupture

Si vous quittez votre CDI pour créer votre entreprise, le mode de rupture change tout. Une démission simple ne donne pas droit, en principe, à l’allocation d’aide au retour à l’emploi, l’ARE. C’est le piège principal pour les salariés qui veulent aller vite : juridiquement, vous êtes libre de démissionner, mais financièrement vous pouvez perdre votre filet de sécurité.

Rupture conventionnelle et démission légitime

La rupture conventionnelle est souvent une voie plus sécurisée, car elle ouvre potentiellement droit à l’ARE si les autres conditions sont remplies. Elle suppose toutefois un accord avec l’employeur : vous ne pouvez pas l’imposer.

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La démission pour création ou reprise d’entreprise peut aussi ouvrir des droits lorsqu’elle respecte une procédure spécifique et que le projet est reconnu comme réel et sérieux. Avant de démissionner, il est donc essentiel de se renseigner auprès d’un Conseil en Évolution Professionnelle et de France Travail. L’ordre des démarches compte : régulariser après coup est beaucoup plus difficile.

ARCE : transformer une partie de ses droits en capital

Lorsque vous avez droit à l’ARE et que vous créez ou reprenez une entreprise, l’ARCE peut permettre de recevoir une partie des droits sous forme de capital. Elle représente 45 % des droits restants à l’ARE. Ce mécanisme peut aider à financer le démarrage, mais il réduit le versement mensuel classique : il faut donc comparer besoin de trésorerie immédiate et besoin de revenu régulier.

Checklist pratique avant l’immatriculation

Avant de cliquer sur la création de votre entreprise via le Guichet Unique, prenez une heure pour sécuriser votre situation. Cette étape évite beaucoup de tensions inutiles avec l’employeur et clarifie votre trajectoire.

  • Relire le contrat de travail, les avenants et la convention collective.
  • Identifier une éventuelle clause d’exclusivité ou de non-concurrence.
  • Vérifier que l’activité créée ne concurrence pas directement l’employeur.
  • Séparer strictement outils, fichiers, clients, horaires et moyens de communication.
  • Choisir entre maintien du CDI, temps partiel, congé, rupture conventionnelle ou démission encadrée.
  • Contacter le CEP ou France Travail avant toute démission liée à la création.
  • Prévoir un budget personnel couvrant les premiers mois d’activité.

Créer son entreprise en étant en CDI est donc possible, et souvent intelligent, à condition de ne pas confondre prudence et improvisation. Le CDI peut devenir un tremplin solide pour tester votre projet, à condition de respecter vos obligations de salarié et de choisir le bon moment pour changer de rythme.

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